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    8 février 20259 min

    Comment maîtriser la jument à problème ? Guide pratique de prise en charge de l'endométrite

    L'endométrite demeure l'une des causes les plus persistantes de baisse de fertilité chez la jument. Si cette affection est reconnue depuis des décennies, les recherches récentes révèlent que les mécanismes sous-jacents — en particulier chez les juments âgées ou multipares — sont bien plus complexes qu'on ne le pensait.

    Pourquoi l'endométrite est-elle si difficile à diagnostiquer et à traiter ?

    Les écouvillons utérins classiques ne détectent que les bactéries en croissance active à la surface de l'endomètre. Or, les travaux de recherche montrent que le pathogène le plus problématique — Streptococcus equi subspecies zooepidemicus — se trouve rarement en surface chez les juments à problème.

    Plusieurs études ont mis en évidence que ces bactéries peuvent :

    • se loger en profondeur dans l'endomètre (300–500 µm sous la surface)
    • envahir et survivre à l'intérieur des cellules épithéliales
    • entrer dans un état dormant, les rendant invisibles aux cultures traditionnelles
    • présenter une tolérance extrême aux antibiotiques en phase de dormance (jusqu'à 10 000× la CMI)

    Cela signifie qu'une jument peut être déclarée « propre » tout en étant porteuse d'une infection qui compromet sa fertilité.

    Quelles bactéries sont réellement responsables de la majorité des cas d'endométrite ?

    Une étude allemande de référence (Sieme et al., 2024), portant sur 28 887 prélèvements utérins :

    • Streptocoques β-hémolytiques = 79,7 % de tous les isolats pathogènes
    • E. coli = 4,3 %
    • Klebsiella pneumoniae = 3,9 %
    • Pseudomonas aeruginosa = 2,0 %

    ➡️ Les streptocoques dominent la pathologie utérine chez la jument — bien davantage que les bactéries à Gram négatif.

    Pourquoi les écouvillons standards passent-ils si souvent à côté du vrai problème ?

    • les écouvillons ont détecté l'infection chez 27 % des juments
    • les biopsies ont détecté l'infection chez 73 % des mêmes juments

    Cet angle mort diagnostique explique pourquoi tant de juments aux écouvillons « propres » ne parviennent toujours pas à concevoir.

    Comment les vétérinaires peuvent-ils améliorer leur approche diagnostique ?

    1. Identifier les juments à risque

    • de plus de 8 ans
    • ayant eu 3 poulains ou plus
    • présentant des antécédents d'endométrite ou de cycles vides répétés

    2. Recourir aux diagnostics par activation en cas de suspicion d'infection dormante

    bActivate peut stimuler les streptocoques dormants, les rendant détectables en culture.

    Quelle est la meilleure stratégie de traitement une fois l'infection identifiée ?

    Pour les infections actives (culture positive) :
    - lavage intra-utérin
    - antibiothérapie systémique et intra-utérine
    - protocoles à l'ocytocine

    Pour les infections dormantes ou profondes :
    - activation par bActivate
    - pénicilline par voie systémique
    - pénicilline intra-utérine
    - lavage utérin

    Quel est le message essentiel pour la prise en charge de l'endométrite ?

    L'endométrite est avant tout un défi diagnostique, et non simplement un problème bactérien.

    Pour véritablement maîtriser la jument à problème, les vétérinaires doivent :

    ✔ Comprendre comment les pathogènes utérins se dissimulent et persistent
    ✔ Reconnaître les limites des diagnostics traditionnels
    ✔ Utiliser les diagnostics par activation chez les juments à haut risque
    ✔ Appliquer un traitement ciblé et fondé sur les preuves

    Lorsque la véritable infection est identifiée, la plupart des juments peuvent retrouver une fertilité normale.